Lettre ouverte d’un jeune de la diaspora

Nous sommes les enfants de la diaspora, nous sommes des Algériens nés à l’étranger.
Nos parents sont partis, cherchant un avenir ailleurs, cherchant à nourrir leurs familles restées sur place.
Ils ont travaillé dans les mines, les usines, ils ont été garçons de café, épiciers. Ils pensaient rester quelques années, les années sont devenues des décennies, puis une éternité.

Certains de nos parents sont partis, fuyant l’islamisme des années noires et le massacre de l’intelligentsia algérienne. Ils étaient journalistes, écrivains, chanteurs, danseurs, sportifs, médecins, docteurs, professeurs, pharmaciens. Ils étaient menacés, leur mode de vie dérangeait, leurs idées faisaient peur au pouvoir ainsi qu’aux islamistes. Ils ont fuit les massacres et les menaces de mort.

Nous sommes les enfants de la diaspora et nous avons grandis loin de notre terre, dans des contrées froides et glaciales comme le Canada, grises et dépressives comme la France, brulantes et étouffantes comme le Golfe.

Nous sommes les enfants de la diaspora, nés ailleurs que sur la terre où nous aurions du naitre.

Nous sommes les enfants de la diaspora et nous avons vu dans les yeux de nos parents cette tristesse sourde, cette douleur de l’exil.

Nous avons grandi loin des nôtres, nos parents se sont mélangés avec les peuples de la terre, nous sommes les enfants de cultures différentes, celle de nos origines et celles du reste du monde. Mais l’amour pour l’Algérie, son peuple, son histoire, sa culture, sa grandeur passé et présente nous a été enseigné par nos parents.
Nos parents se sentaient coupables d’être partis, ils étaient loin de leur famille, de leur patrie, de leurs proches. Ils se disaient souvent « et si ? » et si nous étions restés, que ce serait-il passé?

Face au poids de cette culpabilité, ils nous ont transmis un amour de la patrie, du peuple, de sa lutte pour l’indépendance.
Leur plus grande peur ? Que nous oublions l’Algérie.
Nous ne l’avons pas oublié.
Les jours suivants le 22 février historique, nous avons été nombreux à prendre les drapeaux, à l’appel de nos concitoyens, nous avons rallié les ambassades, les places, les rues de tous pays afin de crier notre solidarité à nos concitoyens, nos frères et soeurs qui vivent là-bas.
C’est avec le visage en larme que nous avons vu les images des rues d’Algérie envahies pacifiquement par le peuple à quatre reprises, nous voulions y être, notre coeur saignait de ne pas vivre ce grand moment de communion avec l’ensemble du peuple.

Nous aussi à quatre reprises nous sommes allés dans les rues pour crier notre solidarité.

Nous avons été emplis de fierté face au pouvoir de la rue, à sa capacité de mobilisation pacifique et civique, cette mobilisation confirmait encore une fois ce que nos parents nous avaient dit au sujet de l’Algérie, sa capacité de résilience et la grandeur de son peuple.

Nous sommes les enfants de la diaspora et de Montréal à Paris, de Paris à Londres, de Londres à Berlin, de Berlin à Rome, de Rome à Istanbul, d’Istanbul à Dubai, de Dubai à Sidney, de Sidney à Tokyo et de Tokyo à New York, nous soutenons le peuple algérien  et nous rêvons de vous rejoindre, nous sortons dans les rues du monde entier pour soutenir le combat de notre peuple pour la liberté et la démocratie et nous sortirons dans les rues tant qu’il faudra en solidarité à nos frères et soeurs au pays.

Nous sortons dans les rues du monde entier, pour que l’Algérie soit une démocratie libre et fière et que la jeunesse ne soit pas sacrifiée à fuir vers des cieux plus cléments. Nous sortons dans les rues du monde entier, pour pas que cette jeunesse ne connaisse le même sort que nos parents, vivre loin des leurs dans des contrées inhospitalières, et pour pas que leurs enfants connaissent notre sort, vivre loin du pays de nos parents, pays mythique si proche de notre coeur mais dans lequel nous n’avons pas pu grandir.

Et nous nous promettons, oui nous reviendrons, nous jurons ! Nous reviendrons et nous bâtirons l’Algérie tous ensemble, mains dans la mains, inchallah, pour une Algérie démocratique et libre.

Nous jurons ! par les tempêtes dévastatrices abattues sur nous

Par le sang noble et pur généreusement versé

Par les éclatants étendards flottant au vent

Sur les cimes altières de nos fières montagnes

Que nous nous sommes dressés pour la vie ou la mort

Car nous avons décidé que l’Algérie vivra

Soyez-en témoin ! Soyez-en témoin ! Soyez-en témoin !

قسما بالنازلات الماحقات

و الدماء الزاكيات الطاهرات

و البنود اللامعات الخافقات

في الجبال الشامخات الشاهقات

نحن ثرنا فحياة أو ممات

و عقدنا العزم أن تحيا الجزائر

فاشهدوا… فاشهدوا… فاشهدوا…

S times d-fkan igenwan

S idammen n yimjahden-nnaγ

S usenjaq iwden itran

Seg idurar-nnaγ yufraren

Nekker γef tmurt, ad nedder di tlelli neγ ad nemmet

Nefka awal i tudert n Lezzayer-nnaγ

Nefka awal ! Nefka awal ! Nefka awal !

 

Riwan Bellour Rouabah

2 réflexions sur “Lettre ouverte d’un jeune de la diaspora

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